Titre : La Cantate à Trois Voix
Durée : 1h10
Mise en scène : Ulysse Di Gregorio
Scénographie : Benjamin Gabrié
Costumes : Salvador Mateu Andujar

LA PIECE

“Ce qui était comme de l’or devient comme de la neige !”

En cette nuit, en « cette heure même qui est entre le Printemps et l’Eté», trois femmes, Laeta, Fausta et Beata se retrouvent pour chanter la nature, et l’époux attendu, éloigné ou disparu.

Dressées sur la terrasse du château d’Hostel dans le canton du Valromey, ces trois voix éprouvent la proximité du Rhône, de l’or des blés, et l’odeur plus mystique encore de la rose.
Laeta, allégorie de la jeunesse et « joyeuse fille du sol latin », attend dans son impatience virginale le fiancé qui doit revenir par le Rhône. L’homme se fait ainsi l’image de ce fleuve, « torrent », « taureau unique », puissant et libérateur. Laeta salue avec une joie profonde et grave ce Rhône, et cet homme qui doit bientôt venir la prendre pour en faire sa femme. Le désir amoureux s’impose à la jeune femme dans toute sa  violence et la transporte comme  l’eau  du  fleuve  vers  un
rivage encore inconnu.

Un rivage que la blonde Fausta connaît déjà mais qu’il lui est  impossible  de  regagner.  Exilée  de  sa  patrie,  la  Pologne,  elle  s’est  tournée vers  le  travail de la terre. Elle s’est faite cultivatrice et a acquis de nombreuses terres afin d’y ressemer l’«or» de son  pays.
Son  mari  parti  pour  une  « mission  sans  espoir »,  l’amour inconditionnel et l’attente du retour restent, seuls. Néanmoins il n’est en aucune manière question de plainte, mais bien plutôt d’un cri tendu entre la douleur et le bonheur suprême dans l’épreuve de la vie.

Un chant à la fois profondément tragique et profondément heureux ainsi que nous le fait parvenir Beata l’« obscure Egyptienne ». Le « Cantique de la Rose », à l’opposé de celui du « Rhône », loue la féminité et la terre nourricière.Le chant devient mystique et nu, et atteint ici le dépouillement le plus total, jusque dans la perte de l’être aimé.

« C’est son absence seule qui nous fait naître
Et qui sous le mortel hiver et le printemps incertain compose
Entre les feuilles épineuses parfaite enfin la rouge fleur de désir en son ardente géométrie ! ».

La tension extrême « entre la mort et la vie » où se tiennent les trois sœurs, fait se dresser,  incandescente,  la question sans  cesse posée  à  l’homme et à  sa condition  « précaire  et  misérable ».

D’où notre existence  reçoit-elle sens et destination ?
Comment  son  terme est-il aussi son accomplissement ?
Et c’est dans ce questionnement aigu que la cantate achève sa cadence, en même temps que la levée du jour.

Ces trois voix s’éteignent, recueillies et apaisées  dans la sérénité de l’âme séparée du corps.

NOTE D’INTENTION DU METTEUR EN SCENE

 

Je suis particulièrement sensible à la musicalité des mots et des phrases, au rythme, à l’intensité ainsi qu’à la juste tonalité à y apporter, c’est donc tout naturellement que j’ai abordé la Cantate comme une partition dans laquelle se mêlent, sans se confondre, des voix féminines dans un chant de l’âme exprimant l’inexprimable, le ressenti de trois cœurs face à l’absence de l’Aimé, dans une symphonie d’émotions entre espoir, souffrance et doute.

Claudel a certes composé ces chants sans musique, mais par le titre même de Cantate, il invite l’auditeur à écouter ces trois voix comme un de ces trios de Schubert qui pénètrent l’être tout entier et le ravissent finalement, par-delà les affres et les gouffres, comblé, dans des mondes éthérés.

Dans ce texte – torrentiel et âpre comme ce fleuve sur les bords duquel ces trois femmes tel un chœur grec antique, nouvelles Parques ou Nornes méridionales, tissent par leur chant le fil de leurs vies et de leurs accidents, ruptures qui arrachent le cœur et le laissent blessé mais toujours palpitant – j’ai puisé des couleurs et des images.

Et cette terre arrosée par le Rhône, baignée par le soleil vivifiant, balayée par le Mistral a porté ses fruits : le blé de la Foi et le vin de l’Espérance pour reprendre des expressions claudéliennes, et entrer en communion avec ces trois âmes.

Avec un tel livret et un tel décor d’opéra sans notes, un monde s’ouvrait au metteur en scène que je suis. J’y ai plongé jusqu’à l’essence de l’être pour en extraire un suc et restituer au spectateur un concentré tout à la fois de sobriété et de force illuminative et mystique.

Cantate à trois voix Ulysse Di Gregorio

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« Les jeunes et talentueuses interprètes de la cantate à trois voix, Coline Moser, Marianne Duchesne, Julie Mauris-Demourioux l’ont compris, l’eau d’un poème ne s’arrête pas. Il ne faut surtout pas chercher à l’emprisonner, il faut y croire simplement. » theatreauvent.blog.lemonde.fr

« La Cantate à trois voix d’Ulysse Di Gregorio, une mise en scène magistrale servie par d’excellentes comédiennes » www.theatrotheque.com

« L’effet est saisissant : la poésie devient théâtre, puisque les trois personnages souffrent et entremêlent leurs âmes ensemble. Les trois comédiennes sont simplement magnifiques… » www.froggydelight.com

« Dans cette proximité d’une mise en scène qui réussit à opposer et à unir ces trois élégies, la langue claudélienne palpite d’une contagieuse jeunesse. » www.webtheatre.fr

Coline Moser……………………………………………………………….Fausta
Marianne Duchesne……………………………………………………..Beata
Julie Mauris-Demourioux……………………………………………..Laeta

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